Le Dr Beaglehole appelle l’OMS à revoir ses positions anti-vape


 

Beaglehole E-Cigarette Summit UK 2021

Tous les ans, le Royaume-Uni organise un sommet de la e-cigarette ou E-Cigarette Summit, l’équivalent de notre Sommet De La Vape. L’édition 2021, pour cause de pandémie, s’est déroulée virtuellement, en visio conférence.

Le sommet sur l’e-cigarette UK a pour unique objectif de faciliter un dialogue respectueux et une analyse réfléchie de la part d’experts mondiaux afin d’explorer les preuves et de discuter de la manière dont elles devraient être interprétées pour mettre en place les stratégies de santé les plus efficaces pour réduire les décès et les maladies liés au tabagisme.

Lors de ce sommet, le Docteur Robert Beaglehole a prononcé un discours d’ouverture mettant en cause directement l’OMS1 et son programme CCLAT2 ainsi que la COP3 (et particulièrement la dernière) dans l’échec des politiques de préventions publiques contre le tabagisme dans le monde. Robert Beaglehole est président de l’ASH New Zealand Action for Smoke Free 2025 et ancien directeur de l’OMS à Genève. Ses travaux portent également sur l’épidémiologie des maladies cardiovasculaires et la santé publique en Nouvelle-Zélande. Il est engagé auprès de l’OMS depuis un demi-siècle.

Robert Beaglehole commence sa présentation par sa vision de la réussite du projet d’un monde sans fumée. Elle s’organise sur quatre axes pour lesquels l’OMS et la CCLAT devraient jouer un rôle central.

Vous trouverez une transcription complète et traduite de cette intervention ici.

1) Organisation Mondiale de la Santé (WHO)

2) Convention Cadre de la Lutte Anti-Tabac (FCTC)

3) Conference Of Parties (Conférence Des Parties)

 


Un monde sans fumée

Robert Beaglehole propose une vision du monde fondée sur l’objectif de santé publique visant à réduire, voire éliminer, les maladies et décès prématurés causés par la fumée de tabac ; notamment celle des cigarettes. L’ennemi est bel et bien le tabac brûlé avec les substances toxiques générées par cette dernière et non la nicotine. Et M. Beaglehole insiste sur le fait, manifestement toujours mal compris, que la nicotine ne fait pas partie des toxiques du tabac.

Nous constatons aujourd’hui qu’un certain nombre de pays, a revenus plutôt élevés, progressent rapidement dans la réduction de la prévalence tabagique. Bien d’autres pays mettent en place des plans ambitieux dans le sens de cet objectif. Ensuite, on constate une baisse significative de l’initiation au tabac pour les jeunes dans de nombreux pays ; ce qui est un résultat remarquable. En Nouvelle-Zélande, par exemple, moins de 2% des jeunes de 14 à 15 ans fument quotidiennement. Ce taux s’est effondré au cours des 10 à 15 dernières années. Robert Beaglehole précise que nous avons une multitude de produits à risques réduits à disposition pour aider les fumeurs à arrêter.

Robert Beaglehole dit avoir changé de point de vue au cours de cinq à dix dernières années. Notamment grâce aux conversations qu’il avait eues avec des fumeurs et particulièrement avec des vapoteurs. Aujourd’hui, il ne milite plus pour un monde sans tabac, mais pour un monde sans fumée. Ce qui est différent. Et pour cela, il existe nombre de solutions comme la vape, le SNUS ou tout autre produit sans fumée.

L’OMS au cœur du programme

Robert Beaglehole pense que l’OMS doit se tenir au cœur du programme avec un leadership dans la politique globale de la lutte contre le tabagisme en y incluant la réduction des risques. L’OMS doit se mettre au diapason des avancées dans ce domaine et de l’évolution des faits. Le tabagisme représente aujourd’hui 8 millions de décès prématurés chaque année dans le monde. 80% de ces décès sont dus à la consommation de cigarettes ; 20 000 chaque jour. Robert Beaglehole demeure un fervent partisan de l’OMS et souhaite apporter quelques suggestions afin d’aider l’organisation à changer sa politique de lutte contre le tabac fumé.

Robert Beaglehole a rejoint l’OMS lors de la présidence de Gro Harlem Bruntland qui avait engagé des initiatives importantes à l’époque. La plus significative fut la CCLAT ; un programme plein de promesses et d’espoirs même si ce traité ne pouvait être qu’un compromis inévitable. L’OMS fut pourtant à l’avant-garde d’un objectif de prévention des maladies chronique et notamment sur la réduction du tabagisme dans le monde. Cet objectif, via la CCLAT est toujours à l’ordre du jour au niveau mondial. Ce n’est pas ce que l’on constate globalement. Alors, qu’est-ce qui ne va pas ?

Les erreurs stratégiques

Ce qui manque au programme de l’OMS, c’est la réduction des risque. Une notion que ne semble (ou ne veut) pas comprendre l’OMS. Pourtant, cette notion est mentionnée dans le préambule de la CCLAT. La Suède, par exemple, a montré la voie de la réduction des risques grâce au SNUS. Le Japon a aussi enregistré une baisse de plus de 30% des ventes de cigarettes au cours des cinq dernières années avec les produits « heat not burn ». Désormais, ce sont pas moins de 70 millions de personnes qui utilisent quotidiennement des produits du vapotage dans le monde. Cela paraît infime au regard du milliard de fumeur quotidiens, mais l’objectif est justement d’inverser ce chiffre à minima.

L’abstinence de nicotine n’est pas un objectif primordial. De fait, l’OMS n’a pas su reconnaître l’importance des produits à risques réduits. Et enfin, un autre axe d’erreur, souligné par Robert Beaglehole, est que l’OMS s’est focalisé uniquement sur le tabagisme des jeunes en laissant tomber les fumeurs adultes.

Le péché originel

Alors que se passe t’il ? Robert Beaglehole va mettre le doigt sur le principal problème que rencontre l’OMS aujourd’hui : son financement. Les « packages » d’interventions au niveau mondial ont été développés et soutenus par Bloomberg Philantropies, une organisation privée présidée par Michael Bloomberg. Bloomberg est un milliardaire américain, 19e fortune mondiale, ancien maire de New-York et candidat envisagé (puis retiré) aux présidentielles US de 2016. Le soutien financier au programme de l’OMS a dépassé le milliard de dollars. Ce financement s’est révélé très préjudiciable à l’OMS par l’approche prohibitionniste personnelle de M. Bloomberg. Approche très certainement teintée de conservatisme hygiéniste à l’américaine. De fait, Bloomberg Philantropies est fondamentalement contre les solutions de réduction des risques, lui préférant le bon vieux « quit or die » (arrêtez ou mourrez) cher à une certaine idéologie d’outre-atlantique.

Malheureusement et sous la pression de Bloomberg, l’OMS a activement découragé les politiques de réduction des risques avec des dispositifs moins nocifs délivrant de la nicotine. Le pire est que plusieurs pays ont appliqué cette politique et furent félicités pour cela. Résultat : les ventes de cigarettes ont augmenté proportionnellement. On marche sur la tête.

Pour enfoncer le clou, la dernière COP en date, la 9e, fut entachée par un manque total de transparence et un caractère secret qui ont offusqué toute la communauté scientifique. Pourquoi cette omerta ?

Les solutions

Robert Beaglehole propose cinq étapes pour relancer la machine OMS dans la bonne voie :

  1. Une commission d’enquête indépendante concernant le leadership de l’OMS et sur sa stratégie cachée.
  2. Que les pays progressistes travaillent pour une réforme de l’OMS, de la COP et de la CCLAT en soutenant également les pays les moins riches
  3. Se concentrer de toute urgence sur l’objectif mondial de réduction des décès pour les fumeurs adultes en gardant en perspective le tabagisme et le vapotage chez les jeunes
  4. Promouvoir activement les dispositifs à risques réduits dans le monde : vape, SNUS, « heat not burn » ou toute autre innovation en ce sens.
  5. Profiter de la réélection du Dr Tedros à la tête de l’OMS pour lui demander dans quel sens se dirige l’organisation dans le domaine de la réduction des risques.

Conclusion

Nous le savions déjà, mais Robert Beaglehole pose le doigt là où cela fait mal. De plus, venant lui-même de l’OMS, le discours n’en a que plus de poids. M. Beaglehole, en conclusion, pose une question à ses collègues de l’OMS : « que se passera t’il si vous négligez les solutions de réduction des risques ? Pourquoi ce déni et ces réticences sur ce sujet ? Si vous faites erreur, les conséquences se mesureront en millions de décès évitables. Je vous demande donc d’envisager que vous ayez tort ».

Le message est clair. Pour Robert Beaglehole, l’OMS a tout à gagner a redevenir un leader mondial sur la question du tabagisme et de ses conséquences. Pour le moment, l’image de l’organisation onusienne est fortement entachée par les dérives dues à des soutiens financiers « encombrants ». Mais comme le dit le dicton : « on ne mord pas la main qui nous nourrit »

Source : https://vimeo.com/649001613