Etude : la vape présente une moindre toxicité sur les cellules épithéliales bronchiques


 

Selon l’OMS, 7 millions de fumeurs décèdent, chaque année dans le monde, des conséquences de l’exposition des produits du tabac combustible. On considère, par ailleurs, que le vapotage réduit drastiquement ce risque. La tabagisme étant la principale cause de décès évitable, les débats scientifiques autour de la vape sont toujours intenses et le sujet fait l’objet de nombreuses études. Parmi toutes ces études, on trouve celles menées par les compagnies du tabac. Leur expertise du domaine ainsi que le respect de normes de qualité élevées ont incité ces fabricants à réaliser ces études à des fins réglementaires. Trois études clés autonomes concernant la cytotoxicité induite par la fumée de tabac vs les aérosols du vapotage vs le tabac chauffé, publiées par l’industrie du tabac, ont retenu l’attention de scientifiques de l’Université de Catane, en Italie.  Les chercheurs se sont attelés à reproduire les approches méthodologiques rapportées, évaluer la fiabilité des mesures et la robustesse des résultats. Traduction de l’étude ici.


Résumé

Les trois études menées par l’industrie du tabac se proposait d’effectuer des mesures dans un modèle de culture cellulaire épithéliales bronchiques. Les trois expériences mesurait la cytotoxicité ainsi que les marqueurs d’inflammation sur les cellules avec la fumée de tabac combustible (expérience 1), l’aérosol de e-cigarette (expérience 2) et l’aérosol de tabac chauffé (expérience 3). Les chercheurs ont ajouté une quatrième expérience, à titre de comparaison, en comparant directement la vape et le tabac chauffé (HTP).

Résultats

S’il est quelque chose d’établi, c’est bien les dégâts provoqués par la fumée de tabac. Elle induit un déséquilibre oxydant/antioxydant dans les voies respiratoires entraînant un stress oxydatif, une inflammation des muqueuses et une augmentation de l’expression des cytokine inflammatoires comme l’IL-6 et IL-8 (IL = Interleukine).

L’étude originale démontrait que les effets cytotoxiques de l’aérosol de e-cigarette étaient 97% moindre que ceux engendrés par la fumée de tabac. Le dépôt de nicotine est également réduit de 70%. Précisons toutefois que les modèles de e-cigarette testé étaient, évidemment, ceux de l’industrie du tabac. Ceci, confirme également que nous ne devons pas vapoter comme nous fumions. L’apport doit être plus régulier si l’on souhaite obtenir un dosage correct de nicotine. L’étude présente a confirmé ces résultats. D’autre part, même si nous le savions déjà, l’étude de Catane confirme bien que la nicotine n’est pas directement responsable de l’effet cytotoxique.

L’équipe de l’université de Catane a ensuite vérifié les différences entre fumée de cigarette et aérosol du tabac chauffé. Les résultats diffèrent quelque peu par rapport à l’étude, manifestement dû à l’ajustement d’apport en nicotine. Si l’on ajuste cet apport pour être au niveau de celui d’une cigarette, la viabilité des cellules passe de 26,45% pour la fumée à 67% pour l’aérosol de tabac chauffé. La différence est non-négligeable.

Conclusions

Les résultats publiés par l’industrie sont bien reproductibles et sont bien corroborés par l’équipe de l’Université de Catane. Les conclusions sont donc correctes sur la cytotoxicité des produits de l’industrie du tabac. En revanche, en ce qui concerne les marqueurs inflammatoires, les résultats n’ont pas pu être reproduits. Cela ne signifie pas que les conclusions de l’industrie soient fausses. Cela signifie que les méthodes et conclusions doivent être révisées et faire l’objet d’investigations supplémentaires.

Les résultats de l’Université de Catane ne font que confirmer le potentiel réduit des e-cigarettes sur les modèles de cellules épithéliales in-vitro ; et ce, même en conditions extrêmes (aérosol non-dilué). Les résultats de l’industrie du tabac sont similaires à ceux des universitaires. Certes, les équipements de test étaient différents, mais les résultats observés par les équipes de Riccardo Polosa sont très similaires à ceux produits par les études venant de l’industrie du tabac. La seule limite évoquée par Catane est la variation de résultats entre les différents labos ayant effectués les tests. En revanche, la répétition dans 5 labos a permis d’obtenir des données robustes.

Discussion

Pour les études futures, les résultats de Catane suggèrent que la dilution de l’aérosol et la normalisation des données reflèteront mieux le fonctionnement des cellules plutôt que de montrer leur viabilité. Certaines expériences ont démontré des effets contradictoires avec ce que l’on attendait. C’est juste que la méthodologie n’est pas adaptée. De fait, de futures études sont justifiées pour démontrer davantage les effets chroniques et la réduction des risques du vapotage. En effet, une étude parue en 2019, démontrait que la vaporisation chronique exerçait des effets biologiques marqués sur le poumons. Les auteurs eux-mêmes ont indiqué les biais de ces conclusions, notamment du fait que les vapoteurs inclus dans l’étude étaient d’anciens fumeurs. C’est peu ou prou les mêmes biais que l’on retrouve dans les évènement d’août 2019 nommés EVALI. Biais que l’on pourra aisément éviter avec des modèles in-vitro.

Cette étude vient confirmer que la plupart des dommages aux cellules épithéliales bronchiques sont dus au composés organiques volatils plutôt que la matière particulaire totale ou MPT ; et encore moins de la nicotine. La vape, s’il est encore besoin de le répéter, est nettement moins toxique que le tabac fumé.

Certains esprits chagrin iront de leur discours idéologique consistant à dire que les études originales viennent de l’industrie du tabac et que c’est mal. Cela est une démarche non-scientifique. Certes, ces études visaient à vérifier des produits de l’industrie. Mais rappelons que, même si ces produits viennent du monde tabac, il n’en demeure pas moins que ce sont des produits de vape à part entière. La question n’est pas là. La question est de savoir si les produits de la vape sont beaucoup moins toxiques que ceux de la combustion de tabac. La réponse est oui. Quoiqu’il en soit, le présent article décrit justement une contre-étude de l’Université de Catane et des équipes de Riccardo Polosa. La science, c’est ça : publier une étude qui doit être reproductible par les pairs.